Poulet Curry

Poulet curry

Je ne faisais pas souvent de cauchemars, ni de rêves d’ailleurs. Mes nuits étaient profondes. Quand le réveil sonnait, il ne me restait jamais aucun souvenir. Cependant, ce jour là, un cauchemar me revint par bribes. D’abord, une forte odeur de curry. L’épice semblait avoir imprégné tous mes pores. J’en avais mangé la veille, donc cela ne m’étonnait pas. Pourtant, j’avais un arrière-goût de métal sur la langue. Dans mon rêve, le curry était rouge alors que je détestais les plats épicés. Elle m’avait demandé de faire une exception, car depuis son retour du Mexique elle trouvait tous les plats fades. J’avais accepté, comme à chacune de ses requêtes.Ensuite, je me remémorais un air de piano. Au début ce n’était que des notes diffuses puis je reconnut une sonnerie de téléphone, la sienne. «La valse du petit chien » de Chopin. Elle l’avait choisie le jour de notre rencontre. Pourtant, je n’aimais pas la musique classique. Elle m’avait appelé pour demander si elle pouvait passer chez moi. Elle avait besoin de parler. Bien entendu, j’avais accepté. Pourquoi refuserais-je de recevoir chez moi ma fiancée qui, arrivée de voyage depuis une semaine, n’avait pas pris la peine de venir me voir? Je me sentais heureux à ce moment-là. J’étais sorti faire des courses pour préparer le curry. A l’approche de l’hiver, ce plat allait nous réchauffer. Dehors, les trottoirs étaient déjà recouverts d’une fine couche de neige. De retour chez moi, j’avais commencé à préparer à manger, utilisant mon couteau préféré, une lame damassée de fabrication japonaise qu’elle m’avait offert à Noël dernier. D’abord émincer les oignons, puis couper la mangue en cubes. Je connaissais la recette sur le bout des doigts, ma main guidait habilement le couteau, je n’avais pas besoin de réfléchir. Je m’attaquais désormais au poulet. Ce n’était pas une mince affaire. Il fallait d’abord introduire le couteau et fendre l’os le long de la colonne vertébrale afin de détacher soigneusement la chair de la carcasse. A la base de l’aile, il fallait s’y prendre avec précaution pour arracher le membre et couper les ligaments. Je faisais toujours attention à pas entailler la peau, fragile et fine car très peu de chair la sépare de l’os. Je finissais par écarter la viande du pilon, coupais l’articulation et procédais ainsi pour les ailes et les cuisses. Une fois cette tâche accomplie, je mis les morceaux à frire. Je m’apprêtais à les recouvrir de lait de coco et de curry quand on toqua à la porte ; je ne l’attendais pas si tôt. J’allais alors tranquillement me laver les mains puis me rendis dans le hall d’entrée. Comme à chaque fois qu’elle me rendait visite, mon pouls commença à s’accélérer. Depuis notre rencontre, deux ans auparavant, rien n’avait changé. Je me sentais l’âme d’un adolescent en sa présence, mes mains devenaient moites, mon cœur s’accélérait, les poils se dressaient sur mon échine. J’ouvris la porte. Elle attendait sagement. Des flocons de neige avaient commencé à se déposer sur ses cheveux. A la lueur des réverbères elle paraissait presque transparente, chétive. Je lui fit signe d’entrer, elle sembla hésiter puis franchit les trois marches qui nous séparaient. Je refermais la porte derrière nous et lui retirait délicatement son manteau. Je l’a pris dans mes bras, elle était gelée et voulu se dégageait de mon étreinte. Je la retins quelques secondes en apposant mon souffle chaud sur son cou. Elle fut parcouru d’un frisson, je la relâchais alors. Sans le moindre mot, elle se rendit dans la cuisine, étonné de sa réaction, je la suivis. Sans m’adresser la parole, elle fit le tour du plan de travail, fouilla dans un tiroir et en sorti un ouvre boîte. Elle saisit la boîte de lait de coco, et entrouvrit de l’ouvrir, ses mains tremblaient. Elle s’entailla le pouce. Des larmes commencèrent à ourler ses cils. Elle alla se passer la main sous l’eau, apparemment la coupure était superficielle. Je finis ce qu’elle avait commencé, le poulet était presque frit, il était temps de le recouvrir du lait de coco et du curry. Flash. Un moment d’inattention, le couvercle qui m’échappe des mains, la pâte rouge du curry qui se déverse d’une seule traite sur le poulet. Je m’agace, ça va être trop relevé et je n’ai pas été assez rapide, l’épice s’est déjà mélangé au lait de coco. Elle entreprend de me masser la nuque pour me détendre, je la repousse. Cette manie de trop se parfumer m’énerve. Son odeur musquée se mélange à celles de cuisine, ça me donne la nausée. Elle s’éloigne de moi, sort une poêle de l’étagère, allume le gaz, saisit la bouteille d’huile d’olive et prends les oignons à pleines mains. Une goutte de sang vient se mélanger à l’huile. Ça n’a pas l’air de la déranger, je trouve ça écœurant, mais je ne dis rien, je n’ai pas l’habitude de lui faire des remarques. Elle est trop sensible pour ça, je n’aime pas la voir pleurer et elle pleure déjà assez comme ça. Elle se retourne, l’air triste et me sourit. Ça a l’air d’aller mieux. Je la laisse seule un moment pour aller à la salle de bain. Je me passe la tête sous l’eau, je commence à être fatigué. Je reviens dans la cuisine, je ne la vois pas, elle a du aller chercher quelque chose à l’étage, sans doute un de mes pulls car j’ai oublié de mettre le chauffage. J’éteins le feu sous la poêle. Il ne reste des oignons qu’un amas de fritures. Elle aurait du les cuire à feu doux. Mais ce n’est pas grave, je vais en recouper d’autres. Je cherche des yeux mon couteau. Il n’est plus sur le plan de travail. Ni dans l’évier. Mon regard est alors attiré par une tache rouge sur le sol. Je ne souviens pas avoir renversé du curry, peut être était-ce elle et sa maladresse légendaire. Je porte mon regard un peu plus loin, le couteau est enfoncé dans son ventre, seul le manche dépasse de sa chair blanche, légèrement flasque.

Ce n’est qu’après avoir essayé de me pincer plusieurs fois pour sortir de ce cauchemar atroce que je comprends que je suis déjà éveillé.

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Fiction 1

Voici un début d’histoire écrite il y a quelques mois, je n’ai pas encore continué mais si vous avez des suggestions, améliorations, conseils, ce serait avec plaisir

 

La brume ne s’était pas encore levée quand ils sortirent du bâtiment. Autour d’eux tout semblait mort. Ou alors, tout était réellement mort. Six mois après la catastrophe, la vie semblait s’être arrêtée. La ville était silencieuse, seuls quelques volets claquaient sur des pans de murs du passé. Certaines rues ressemblaient à des décors de théâtre. Le présent ne subsistait plus qu’en façades.

Ils ne savaient pas qui était encore vivant, qui était devenu cendres, qui était désormais un substrat d’humain au fond d’une fosse commune.  Pour le moment, leur groupe se résumait à trois personnes : A, B et C.

Malgré l’apocalypse qu’ils avaient vécue, A restait positif. Il incarnait l’espoir par l’énergie qu’il mettait à réveiller ses deux amis chaque matin, par les paroles rassurantes qu’il proférait quand des jours  durant ils ne trouvaient pas de quoi manger. A n’avait pas l’étoffe d’un leader mais par la force des évènements, il en était devenu un.

B, un garçon avenant, créateur-né, doué d’une imagination sans limites, s’était mué en un personnage taciturne, ne parlait peu et ne souriait pour ainsi dire jamais depuis qu’il avait vu sa mère et sa sœur mourir devant ses yeux. C, quant à elle, incarnait sa thèse et son antithèse. Elle pouvait se réveiller avec des envies de suicide et s’endormir en se disant  qu’elle avait passé une journée des plus agréables (s’il est possible d’envisager la redéfinition du mot agréable dans un contexte post-apocalyptique). Elle donnait du fil à retordre à A qui ne pouvait se résoudre à l’abandonner même pendant les pires crises de la jeune femme. Il l’aimait et cette qualité aveuglait bien des défauts.

Ils passèrent les trois premiers mois dans une espèce de bunker. Après la première explosion qui avait tué plus de la moitié de la population, un ami leur avait ouvert ce refuge dans lequel se trouvaient déjà une vingtaine de personnes. Certaines ne supportant plus l’espace restreint, les efforts constants pour gérer les réserves d’oxygène ; avaient préféré retourner à la surface. Elles avaient péries dans la deuxième explosion tandis que les moins chanceuses  étaient mortes d’infections pulmonaires ou s’étaient donné la mort suite à de longues crises de démence.

 

12 semaines plus tard ils n’étaient plus que 6 : A, B et C avaient décidé de rester dans la ville les autres confectionnèrent une embarcation pour partir loin de cette terre que la mort avait choisi pour semer ses graines. Le sol s’avéra en effet des plus fertiles.

Peu de temps après, ils sortirent avec des masques à gaz de première génération ainsi que des pastiches  de combinaisons nucléaires. Aucun d’entre eux ne savait si ces déguisements  les protègeraient ou s’ils mourraient (…)

Après quelques nuits passées en dehors de leur refuge, ils s’aperçurent qu’ils pouvaient désormais respirer sans protection. Pendant un temps qui leur parut interminable ils cherchèrent un signe de vie, un souffle, une brise d’espoir. N’ayant pas trouvé de cadavres, ils espéraient que les survivants avaient quitté la ville. Ce ne fut que neuf jours après leur  première sortie que B entendit une voix, puis deux, puis trois ! Il n’en croyait pas ses oreilles et somma ses amis de se taire afin de pouvoir repérer la source de cet échange humain.Le bruit de la conversation s’amplifiait au fur et à mesure qu’ils avançaient près des ruines d’un des plus vieux murs d’enceinte de la ville.B fit un geste brusque pour faire taire tout chuchotement et s’avança avec précaution. Il repéra une fente dans le mur en approcha son œil. Il n’avait peut être entendu que trois voix mais derrière ce mur se trouvait une foule de gens. Il resta tout d’abord sans voix.

–           Alors ?  le pressa C.

–          Il faut le voir pour le croire lui répondit B.

Pour la première fois depuis la disparition de sa famille, B eut une intonation joyeuse lorsqu’il prononça ces quelques mots.

Alors qu’A s’approchait de l’ancienne meurtrière pour se rendre compte de la scène, il reconnut le timbre d’un cran de sûreté quand rien n’est moins sûr.

–          Evitez de faire le moindre geste tonna une voix grave

–          Evitez même de faire péter une mouche lança un petit garçon en éclatant de rire

La voix grave rit à son tour.

–          Levez vos têtes messieurs … et mademoiselle bien entendu !

Ils s’exécutèrent tous. Un instant plus tard  A et C ne purent s’empêcher d’écarquiller leurs yeux quand ils reconnurent  leur ancien professeur de […].

Ils furent accueillis les bras ouverts dans ce village qui avait vu le jour une fois que les vapeurs toxiques s’étaient dissipées. Peu de visage leurs étaient familiers mais le fait de revoir X leur redonna un peu d’espoir. Ils apprirent que plus de la moitié des habitants avaient survécu en se terrant avec les rats dans les anciennes catacombes de la ville.

X, un ancien militant de la Cause ainsi que ses compagnons y avait entreposé des armes, du matériel de survie ainsi qu’une provision incommensurable de vivres.